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Histoires de Bourses / Quelques repères historiques / Amsterdam, 1602

Amsterdam, 1602

À la fin du XVIe siècle, les Européens se livrent à une concurrence acharnée pour la suprématie du commerce maritime vers l’Asie. En 1602, des sociétés hollandaises se regroupent et créent la Compagnie unie des Indes orientales (Vereenigde Oost-Indische Compagnie ou VOC). Elle se distingue par l’importance de son capital (6,5 millions de florins, l’équivalent de 64 tonnes d’or à l’époque !) et surtout par sa structure, sur le modèle de nos sociétés anonymes actuelles, émettant des actions cotées et échangées à la Bourse d’Amsterdam, une révolution à l’époque. Prospère, influente, elle a versé en deux siècles d’existence 1.600% de dividendes !

Le prêteur et sa femmeLe prêteur et sa femme

« Le prêteur et sa femme » (1514)
Quentin Metsys (Louvain 1465/66 – Anvers 1530)
Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles

Le poids de l’or

Aussi intitulé « Le changeur et sa femme » ou « Le banquier et sa femme », le tableau de Metsys illustre un acte économique essentiel dans la Flandre du XVIe siècle, très ouverte au commerce international. La monnaie fiduciaire n’est pas encore généralisée et les échanges se réalisent à l’aide de pièces dont la valeur dépend de leur poids en métaux précieux, surtout en or. La détermination de ce poids est essentielle pour établir des équivalences entre pièces différentes. Et c’est bien à cette opération que semble s’adonner ce personnage sous l’œil de sa femme.

Metsys s’établit à Anvers sans doute vers 1491. La ville connaît alors une activité commerciale sans précédent et est le centre financier le plus important d’Europe.

« Vue de la Bourse d’Anvers »
In Lodovico Guicciardini, Belgium dat is Nederlandt,
ofte beschrijvinge derselviger provincien, Amsterdam: Joannes Janssonius,
1648 (KBR, VH 25.776 C) (Bibliothèque Royale de Belgique)

Lodovico Guicciardini (1521-1589) est un marchand florentin établi à Anvers, auteur de la première grande description des Pays-Bas. Parmi toutes les villes décrites, Anvers a droit au chapitre le plus long, émaillé de quatre illustrations : la Bourse, la Maison hanséatique, la cathédrale et l’hôtel de ville. Soit les quatre axes fondant sa puissance: la finance, le commerce, le pouvoir civil et l’autorité ecclésiastique.

Une bourse au coeur de la cité

Le XVIe siècle est le siècle d’or d’Anvers. Une « Nouvelle Bourse » d’argent et de change est aménagée sur le Meir dès 1531. Elle est considérée comme le premier bâtiment boursier, construit spécialement pour cette fonction. Elle inspirera plus tard les architectes des Bourses de Londres et Amsterdam. Comme on le voit sur le plan, elle est au cœur de la ville, bâtiment de pierres et de briques au milieu de maisons en bois, rompant ainsi avec une tradition qui voulait que les lieux où se réunissent les marchands pour traiter leurs affaires soient situés près du port et des entrepôts.

De oude beurs te AmsterdamDe oude beurs te Amsterdam

« De Oude Beurs te Amsterdam », circa 1670,
par Job Adriaensz. Berckheyde
Museum Boijmans Van Beuningen, Rotterdam.
Fotograaf: Studio Tromp, Rotterdam

Ce tableau reflète bien l’opulence des Pays-Bas au XVIIe siècle, d’ailleurs surnommé le « Gouden Eeuw ». Les bâtiments de la Bourse sont imposants ; les transactions se font dans l’ordre, habits et attitudes des marchands trahissent la richesse.

La Bourse d’Amsterdam au XVIIe

La construction de la Bourse d’Amsterdam débute en 1607 d’après les plans de l’architecte Hendrick de Keijser. Auparavant, les marchands n’avaient pas de lieu précis pour traiter leurs affaires. Comme toutes les Bourses à cette époque, celle d’Amsterdam, la plus puissante, est avant tout une Bourse de marchandises et non de valeurs. Entre 400 et 600 produits différents peuvent y être traités (à l’exception notable du blé qui a sa propre Bourse). On comprend mieux ainsi combien l’introduction des actions de la Compagnie orientale des Indes sur ce marché des actions constitue une rareté et une révolution ! Les 46 piliers de la cour intérieure sont numérotés pour qu’on sache où se tiennent les marchands. La séance est ouverte à 12H au son d’une cloche et est clôturée à 14H. Les bâtiments peuvent accueillir près de 5.000 personnes !

Plan de la Ville et du Château de Batavia en l’Isle de Iava
In La Galerie agréable du monde, volume 57-59.
Tome premier des Indes orientales, Leiden : Pierre Vander Aa, [1729] (KBR, III 94.155 C)
(Bibliothèque Royale de Belgique)

La Galerie agréable du monde est publiée en 66 parties et comprend 3.000 planches relatives au monde entier. Le plan de Batavia est dressé en 1669. La ville, aujourd’hui Jakarta, capitale de l’Indonésie, sera le siège de la Compagnie jusqu’en 1799.

La plus ancienne action connue aujourd’hui!

Action de la Compagnie hollandaise des Indes
orientales datant de 1606.
La plus ancienne action connue aujourd’hui!
Westfries archief, Hoorn

La plus puissante société

Les voyages vers « les Indes », comme on dit à l’époque, sont risqués et les investissements onéreux. C’est ce qui pousse différentes flottilles à coopérer entre elles et à fonder la Compagnie des Indes orientales (Vereenigde Oost-Indische Compagnie ou VOC) dont le capital est réparti en actions. Chaque associé a droit à une part proportionnelle à son apport : les risques sont ainsi mutualisés. La Compagnie est dirigée par le « Conseil des 17 », composé de représentants des chambres régionales, proportionnellement à la participation financière de chacune (Amsterdam a ainsi 8 représentants sur les 17 !). C’est la préfiguration de nos conseils d’administration actuels. Une formule gagnante : au fil des décennies, au départ de Batavia (Jakarta), la Compagnie va édifier un empire non seulement commercial mais aussi territorial, base du futur empire colonial néerlandais.

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