Paroles d'experts

Infrastructures, logement, rendements: cap sur l'Inde

Depuis la première visite de Rob Brewis (Investment Manager chez Aubrey Capital Management Ltd) en Inde il y a plus de 25 ans, l’état des infrastructures avec son réseau routier insuffisant et la vétusté des voies ferrées paraît toujours aussi déplorable et en opposition à celui de la Chine. Néanmoins, suite à son voyage en janvier 2018, il dresse un bilan et souligne un vrai potentiel pour l’investisseur.

Quel a été le rendement moyen sur la bourse indienne ? 

Un investissement en actions indiennes a été multiplié par 8 depuis la fin de l'année 1992, lorsque l'indice indien MSCI en dollar a été introduit. Rien de particulièrement spectaculaire avec un rendement annuel composé de 9,2%, mais pour donner un ordre de grandeur, un investissement identique dans l'indice chinois aurait rapporté à peine 2% durant la même période. Depuis 2000, les rendements indiens annualisés sont de 9,9%, contre 8,4% en Chine.

Parlons de ce fameux problème d'infrastructure indienne, quelle en est l’origine ?

Pour revenir à la Chine, elle présente deux «avantages» en ce qui concerne la construction. D’une part, le pouvoir du Parti communiste chinois, qui élimine d’emblée toutes les questions de propriété foncière, et d’autre part, le fait que les constructeurs étatiques n’exigeaient pas nécessairement de retour sur investissement. En Inde, la dernière grande initiative a été un projet mené par le secteur privé, financé principalement par la dette. Conséquence : la faillite de nombreux acteurs, non pas due à un manque de demande mais plutôt à des prévisions trop optimistes, d’où une surévaluation des bilans accompagnées de conflits territoriaux et de blocages politiques.

Et le rôle du pouvoir politique indien dans tout ça ?

Les critiques adressées au Premier ministre Modi ont été nombreuses, mais très injustes à nos yeux. Il ne fait aucun doute aujourd'hui que technologie, mesures anticorruptions, introduction de la GST[1] ainsi que baisse des prix pétroliers ont contribué à améliorer la situation fiscale du pays. Face à un secteur bancaire étatique paralysé (malgré des efforts récents de recapitalisation) et à un cycle d'investissement insuffisant, le gouvernement est intervenu. Les progrès sont notables. 

Autre raison d’être optimiste, le logement. Vous vous êtes notamment promené à travers Navi Mumbai, la fameuse ville jumelle de Mumbai.

Oui, cette nouvelle grande ville rappelle beaucoup le district de Pudong à Shanghai vers 1992 : des poches de développement immobilier d'envergure, entrecoupées de vastes zones de broussailles, de terres agricoles et quelques collines modestes (dans le cas de Navi Mumbai). A l’instar de Pudong, un énorme nouvel aéroport est en cours de construction, le chemin de fer surélevé progresse rapidement, mais surtout de vastes zones de nouveaux logements commencent à apparaître, certains abordables, d'autres moins.

Le Premier ministre Modi a bâti une grande partie de sa popularité sur sa politique Pradhan Mantri Awas Yojana, « le logement pour tous. » Cela dit, il ne peut pas garantir un logement à tout le monde, comme l'a fait le gouvernement chinois à la fin des années 90. D’abord parce qu’ils ne sont pas encore construits. Ensuite, parce que, contrairement à l'État chinois à cette époque, il ne les possède pas. Là où il peut toutefois agir directement, c'est en rendant les prix très abordables via des subventions et des incitants fiscaux.

J'ai par exemple vu le chantier d’un immeuble de 5 étages érigé par un des petits promoteurs de Mumbai et se situant au bout d’un long chemin de terre plein d'ornières. J'ai donc demandé : « Ne craignez-vous pas un problème d'accès par la route? » Ce à quoi on m'a répondu que le gouvernement devrait construire rapidement une route digne de ce nom.

Mais pour de plus grands projets (autoroutes, ponts, etc)  par contre, la coopération du secteur privé est nécessaire et il ne s’engagera à nouveau que s’ il peut obtenir des rendements décents sur investissement.

Construire des logements, c’est bien, mais encore faut-il pouvoir y accéder… 

En effet, toujours près de Navi Mumbai se trouve Palava City, un immense projet immobilier d’une superficie de 4.500 hectares, construit par le groupe privé Lodha et qui compte déjà 100.000 résidents avec pour objectif d’en accueillir au total 1 million. Ce sont de belles propriétés destinées à la classe moyenne, mais l’accès à Mumbai est encore difficile. Cela dit, revenons ici dans 5 ans et je prévois que la promesse d'un trajet d'une heure jusqu'au centre-ville de Navi Mumbai aura été tenue. Pour ce type de développement à grande échelle, souvenons-nous, une fois encore, de la Chine.

Que vous a inspiré votre voyage en train de Jaipur à Delhi ?

Qu'il y a du chemin à parcourir pour que l'Inde se dote d'un réseau à grande vitesse comparable à celui de son voisin. Mais je suis optimiste : le rail urbain surélevé de Jaipur est déjà pleinement opérationnel. Tout au long du voyage vers Delhi, on voit clairement des travaux d'amélioration de la voie en cours. Le métro de Delhi ne cesse de s'améliorer et de nouveaux aéroports voient le jour à travers le pays. Ajoutez à cela que le transport aérien est déjà bon marché et facile. Beaucoup de progrès ont été réalisés sur les routes au cours des dernières années. Et puis la GST a permis de balayer les obstacles de la logistique et de la principale source de corruption : l'ancien contrôle frontalier interétatique.

Vous comparez l'Inde à la Chine, mais vous soulignez que l'Inde n'est pas la Chine d'hier. Comment comprendre cela ?

L’Inde ne peut pas être la Chine : c’est une démocratie et le secteur privé a besoin de retour sur investissement. Mais nous sommes au début d’un cycle d'investissement puissant, d'abord pour le logement, puis pour la rénovation des infrastructures. Les sociétés indiennes du secteur privé continueront de rechercher des rendements élevés pour leurs actionnaires, ce qui devrait soutenir la surperformance de l'Inde.

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Propos recueillis par Cédric Godart le 7 mai 2018 auprès de Rob Brewis sur base de son récit de voyage effectué en janvier 2018. Il est possible que les avis et commentaires formulés dans ce document ne soient plus valables à une date ultérieure. Des comportements observés sur le marché par le passé ne sont en aucun cas indicatifs de comportements futurs.

À propos de Rob Brewis

Rob Brewis est Investment Manager chez Aubrey Capital Management Limited, un gestionnaire spécialisé dans les actions de croissance mondiales et basé à Edimbourg, qui travaille en étroite collaboration avec TreeTop Asset Management.

[1] GST ou Goods and Services Tax est une taxe indienne unifiée sur les biens et services qui est entrée en vigueur le 1e juillet 2017 et qui vient remplacer la plupart des taxes indirectes existantes. Ce nouveau régime de taxation sur les biens et services (GST) constitue une réforme phare du quinquennat Modi.
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